Pour en savoir un peu plus sur mes dessins, un texte de Anouk Rudigoz d'avril 2020 (il me semble que je ne dessine déjà plus comme cela en 2021) : Eloge de la transgression
J’ai découvert Patba58
il y a quelques années sur eBay. Il y présentait une série de dessins où des
personnages roses entourés d’animaux et plongés dans des décors criards se
torturaient avec à la fois beaucoup d’énergie et beaucoup d’imagination.
C’était insolite, un peu atroce et drôle en même temps. Le dessin était
maitrisé, mais un peu « jeté », hâtif, bien loin en fait de ce que ce même
artiste nous propose aujourd’hui.
Depuis, l’imaginaire est resté le même mais les couleurs ont changé et l’application, je dirais même l’implication, ont énormément progressé.
Dans les dessins de
Patba58, on se torture avec exubérance, on s'éventre avec gourmandise, on se
découpe avec un sourire en coin, dans l'opulence des chairs et des corps. On
se bondit dessus, on se transperce, on se pourfend, au sein d'un univers
envoûtant truffé de symboles occultes. Il s’agit le plus souvent de duos :
deux êtres humains, créatures hybrides ou animaux, s’affrontent
passionnément. Les regards sont écarquillés, semblant nous signifier que
nous sommes ici dans une sorte de transe faussement macabre, en réalité
jouissive, où l’on se livre à des luttes, on se dévore, on se pourfend avec
des poignards ou des dagues splendides, ornementées ;où des yeux partout
nous regardent, où l’on s'aime et s'embrasse tout en s’harponnant de
hameçons, se perçant de clous, de lames, de sexes aussi, toujours avec
exaltation. Ces créatures sont occupées à une célébration, celle de la
transgression. Souvent elles se tournent légèrement vers nous, les
spectateurs, nous prenant à témoin, de leurs grands yeux fixes, brillants et
hypnotiques, des sévices inavouables (mais exaltants et débridés) auxquels
elles s’adonnent devant nous.
Les personnages, nus, ont des allures qui évoquent des tribus d’Afrique ou d’Amazonie. Souvent ornés de coiffes rituelles, ces êtres sont musclés, sensuels, dotés de grosses bouches rouges et de muscles turgescents. Ils sont androgynes d’allure et parfois hybrides, partiellement poissons, chiens, oiseaux insectes, escargots…
Les animaux sont omniprésents, qu’ils rampent, volent, nagent ou soient dotés de quatre pattes. Comme les humains, ils sont hypersexués, piquants, griffus, dentus et affamés.
Ici Éros et Thanatos
sont à la noce ! Les pénis,gainés de fourreaux, se dressent comme des armes,
les seins ont des tétons qui pointent comme des clous, les corps sont
hameçonnés les uns aux autres. Ici on saigne et on s’aime, on s’aimgne.Les
épées s’introduisent dans des plaies béantes et ourlées comme des vulves. On
s’auto mutile aussi, on se poignarde, on se transperce de part en part.
Ici, il est beaucoup question de punition ritualisée, que l’on s’inflige à soi-même ou aux autres de façon très spectaculaire, tel un sado-masochisme transposé dans un univers immémorial qui obéit à des codes connus seulement de l’auteur.
L’auteur dessine et
sculpte à profusion (des milliers de dessins, des carnets, des centaines de
sculptures). Il ne vend pas ses dessins, inutile donc de lui en faire la
demande. Son objectif n’est absolument pas commercial, même si, peut-être,
le fait d’être vu lui importe dans une certaine mesure puisqu’il répertorie
tous ses dessins, soigneusement photographiés et numérotés, dans des
galeries photos sur le site de Flickr. Ses dessins font montre d’une
virtuosité technique qui se peaufine à mesure que s’accumule le travail
accompli. L'artiste certes s'amuse, mais il sait dessiner, il peut mettre en
scène avec dextérité des cavaliers chevauchant des montures bien montées !
Et quelles montures :les chevaux sont des sangliers auxquels des cavaliers
improbables s’agrippent et se collent.
Il y aurait tant à dire
et à noter de ces univers foisonnants d’où la matière jaillit aussi de
l’inconscient de l’artiste, que notre analyse passe forcément à côté de
beaucoup de choses que vous trouverez par vous-mêmes en vous laissant
emporter par ce travail, dont chaque dessin désormais est une œuvre complexe
ayant nécessité des heures de travail.
Un mot sur les symboles
qui sont très importants : symboles de tortures moyenâgeuses (massues
cloutées, clous de la passion, chaines, boulets), symboles de douleur et de
violence (dents, gourdins, poignards, épées), symboles occultes (dents,
armes, triangles dotés d’un œil), symboles chrétiens, (couronnes, chapelets,
vases, croix)… Parmi tous, le symbole qui revient le plus souvent est la
dent, qui représente pour l’auteur la souffrance.
L’auteur nous livre
quelques clés de son travail dans une série de dessins commentée :
On comprend que loin
d’être seulement une distraction, ces dessins sont pour Patba58 une forme de
thérapie, ils colmatent des brèches sans doute, exorcisent des angoisses
probablement.
D’une certaine façon, ce
travail quotidien (l’artiste dessine à certaines heures régulièrement tous
les jours) est lui-même une créature vivante : il est en constante
évolution, depuis le stade initial d’où il a jailli (les premiers dessins
répertoriés et montrés sont datés de janvier 2018), jusqu’à sa production
actuelle qui nous présente un univers plus apaisé, mythologique, où la
sensualité prend le pas nettement sur la cruauté. Un univers techniquement
de plus en plus complexe, dans lequel des éléments de paysages ont aussi
fait leur apparition.
On pense à un papillon sorti de sa chrysalide et qui étend au soleil ses ailes colorées. En seulement deux ans, les dessins de Patba58 sont passés de pochades de défoulement à de magnifiques illustrations, évoquant une sorte de chanson de Geste intime et personnelle (La geste, du latin gesta, est une « action d'éclat accomplie » de caractère guerrier ou fantastique) qui inspire le respect, et à mon sens d’une ampleur certaine.
Nous comprenons alors
que nous sommes face à une œuvre qui se nourrit d’elle-même et n’a pas fini
de nous surprendre et de nous envoûter.
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